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Intervention du président Charles Michel lors de la séance plénière du Comité européen des régions

Merci Monsieur le Président, très cher Apostolos (Tzitzikostas), pour ton introduction. Merci aussi pour les échanges que nous avons eu l’occasion d’avoir il y a quelque temps, en préparation de cette réunion.

Le premier message que je vais vous adresser, c’est le plaisir très sincère que j’ai à participer à votre réunion, même si ce n’est pas une réunion physique, mais une réunion virtuelle. Un plaisir sincère, parce que je me sens l’un des vôtres. Je me souviens, il y a environ une vingtaine d’années, j’étais engagé en Belgique, et en Wallonie plus particulièrement, dans le cadre local. Je participais alors, à Riga, à l’une de vos réunions organisées par l’un de vos prédécesseurs, déjà engagé sur ces concepts de décentralisation, de démocratie locale, de participation citoyenne. Et puis, c’est vrai que mon propre parcours politique est empreint de cette proximité locale, puisque j’ai été mandataire communal, mandataire provincial et également ministre régional des pouvoirs locaux en Wallonie. C’est vous dire le plaisir que j’ai à être parmi vous. C’est un premier point.

Je mesure bien que face à cette crise qui frappe le monde, qui frappe l’Europe depuis maintenant plus d’un an, vous êtes –  autorités locales, autorités municipales, autorités régionales – les gardiens de la démocratie. Vous êtes les acteurs de première ligne pour garantir la continuité des services publics de proximité. Engagés pour faire en sorte que l’éducation, dans des cadres parfois difficiles à cause des mesures restrictives, que les mesures sociales en matière de santé, que les mesures de maintien des infrastructures, puissent être prises au bénéfice de la population. Et je veux vous dire, sans aucune flatterie et avec une grande sincérité, tout le respect que je vous porte pour cette mobilisation, et aussi pour le sens que vous avez de l’action concrète. Et c’est cela que les citoyens attendent partout en Europe: des responsables politiques qui peuvent apporter des réponses concrètes aux préoccupations légitimes qui sont exprimées.

Le deuxième message que je souhaite aborder avec vous porte sur les quelques priorités de l’Union européenne pour les prochaines années, et la manière dont nous pouvons tous travailler ensemble, aussi avec votre Comité, pour se serrer les coudes et pour tenter d’être efficaces dans la manière dont nous agissons. Il y a trois points clés, à mon sens.

Le premier point, c’est la question des valeurs et de la démocratie. Je vais y revenir. Le deuxième point, c’est la question de la prospérité: comment peut-on faire en sorte de relever la prospérité dans le monde post-Covid-19, et particulièrement en Europe? Et le troisième point, c’est la question de l’influence positive de l’Europe dans le monde, ce que j’appelle l’autonomie stratégique, cette volonté, inspirée par nos valeurs, d’avoir plus d’influence, plus de résilience, plus de capacité de résistance quand on fait face à des chocs, cette volonté d’amener dans le cadre international plus d’équité et de réciprocité. Ce sont les trois points autour desquels je souhaite structurer les quelques minutes de mon intervention en guise d’introduction. Et puis, je dirai un mot sur la Conférence sur l’avenir de l’Europe, que vous avez également mentionnée.

Premier point: les valeurs, l’état de droit, la démocratie. Vous êtes en première ligne pour mesurer que les citoyens européens attendent plus de confiance. Et la confiance, c’est la clé de la légitimité. Et vous l’avez mis en exergue: plus il y a une action démocratique locale au plus près des citoyens, plus il y a de la confiance, et plus il y a de légitimité. On observe en général que quand il y a plus de distance, il y a plus de doute, et il y a plus de suspicion. Il y a donc un enjeu de légitimité. Ce point devra être traité, je le crois, dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Mais nous voyons aussi que nos valeurs, qui sont l’ADN du projet européen, ce projet unique dans l’histoire après la Seconde Guerre mondiale, cette décision de se rassembler par consentement mutuel pour la paix, pour la prospérité et pour des valeurs de liberté, de dignité, sont mises à l’épreuve. En dehors de l’Union européenne, nous le voyons tous les jours, mais aussi au sein de l’Union européenne. Et c’est pour cela que nous avons le devoir, comme responsables politiques, d’être vigilants, d’être engagés pour inlassablement promouvoir ces valeurs de démocratie, d’état de droit et de liberté. C’est un enjeu autour duquel nous devons être rassemblés et progresser.

Le deuxième point, c’est la prospérité, qui prend en considération le choc économique, à côté du choc sanitaire lié à cette crise du Covid-19. Vous le savez, il y a deux piliers aux yeux du Conseil européen – mais je pense que c’est partagé par les autres acteurs européens – à savoir l’engagement climatique et l’ambition numérique.

Le Conseil européen a pris il y a un an des décisions ambitieuses sur notre neutralité climatique à l’horizon 2050. Nous avons décidé en décembre 2020, également, de renforcer les objectifs pour 2030 afin de montrer notre crédibilité. Mais il ne s’agit pas simplement de fixer des objectifs. Il faut se demander comment on va atteindre les objectifs, quels sont les moyens que l’on mobilise pour réussir ensemble à faire de ce défi une opportunité pour progresser, pour innover, pour créer davantage d’emplois, et pour améliorer le cadre de vie.

Je suis évidemment convaincu que vous, acteurs locaux et régionaux, êtes en première ligne sur ce sujet-là, car quand il s’agit de questions énergétiques, d’efficacité énergétique des bâtiments publics, de questions d’aménagement du territoire, de questions d’urbanisme, d’équilibre entre le cadre de vie et le développement économique, vous savez, de manière très concrète, ce que cela suppose comme type de débat démocratique sur le plan local.

Le deuxième pilier, c’est l’ambition numérique. Notre réunion le montre bien, il y a un avant- et un après-Covid. Bien sûr, la transition numérique a démarré avant la crise du Covid, mais cette crise a été un accélérateur pour montrer à tout le monde à quel point cette dimension numérique est importante.

Je fais un point sur ce sujet qui me tient à cœur. C’est la question des données numériques. Je voudrais ouvrir avec vous une réflexion sur ce point-là.

Dans le passé, avec beaucoup de bonnes intentions la plupart du temps, le monde, en Europe et ailleurs, a utilisé de manière extrême, et même excessive, les ressources naturelles, les énergies fossiles… Et cela met la planète sous pression. Cela met notre modèle de développement économique sous pression, cela nous amène à revoir le paradigme. Je suis totalement convaincu – je ne suis pas le seul – que pour ce siècle et pour ces prochaines décennies, les données numériques, le “big data”, seront la ressource numéro un. L’Europe va devoir réfléchir à la manière de trouver un équilibre entre, d’une part, les moyens de faciliter l’accès aux données pour favoriser l’innovation et le développement économique et, d’autre part, le fait de garantir que nos valeurs – je reviens au premier point – que sont la démocratie, l’état de droit, la liberté d’expression et le respect de la vie privée soient préservées.

Sinon, nous prenons le risque d’abuser de cette ressource fondamentale que sont les données, et de perdre la confiance des utilisateurs dans la manière dont leurs données seront utilisées. Vous êtes aussi très concernés par cela, parce que vous vous faites aussi face à cette transformation numérique dans la manière dont vous agissez pour répondre aux attentes de la population.

Et puis, la prospérité, c’est aussi la question du plan de relance et du budget européen. 1 800 milliards d’euros qui ont été mobilisés l’année passée, c’est une décision forte, qui est essentielle parce qu’elle vise, au travers du plan de relance, à consolider le marché intérieur, à faire en sorte que l’on puisse affronter les investissements dont on a besoin pour garantir cette relance, investir bien et investir vite et le faire ensemble, dans la solidarité du marché intérieur. Ce débat va d’ailleurs donner lieu à des débats démocratiques, qui vont concerner nos concitoyens, sur les ressources propres de l’Union européenne. Vous le savez bien, dans vos conseils régionaux et municipaux, le débat fiscal est toujours un débat démocratique extrêmement intense. C’est la manière avec laquelle nous mobilisons des moyens en commun pour réaliser des investissements en commun, qui correspondent à nos priorités communes dans le cadre du projet européen qui nous rassemble. Je ne perds pas de vue que plus de 30 % des investissements publics relèvent directement des décisions prises dans les conseils municipaux et dans les conseils régionaux. C’est pour cela que je suis plutôt favorable au fait d’encourager les gouvernements nationaux à coopérer de manière étroite avec les acteurs de terrain, qui ont bien souvent des projets qui sont prêts, qui peuvent être activés. Et là, vraiment, je pense que dans le cadre de ces plans nationaux, la Commission européenne, le Conseil, nous devons encourager cette pleine coopération, cette pleine mobilisation de tous les acteurs, y compris les acteurs que vous représentez.

Enfin, le troisième point que je voudrais aborder, si vous me le permettez, c’est un point qui me tient à cœur, qui nous tient de plus en plus à cœur au sein du Conseil européen, au niveau des chefs d’État et de gouvernement: c’est la question de l’autonomie stratégique de l’Union européenne.

De quoi s’agit-il? L’Union européenne n’est pas seule. Nous vivons dans un monde qui change, qui se transforme, avec de nouvelles opportunités et de nouveaux dangers, comme la désinformation, les attaques hybrides et les cyberattaques. Cela doit nous amener à réfléchir à la manière de coopérer ensemble, pour porter nos valeurs partout dans le monde, pour influencer de façon plus positive, de façon pacifique, le monde qui nous entoure.

Cela ouvre le débat de la relation transatlantique, certainement. Je me réjouis que la nouvelle administration Biden donne l’espoir d’un dialogue plus engagé, d’un partenariat plus solide au quotidien entre l’Europe et les États-Unis. Je crois que c’est nécessaire, aussi bien pour l’Europe que pour les États-Unis. Moi, je vois cette alliance comme étant une alliance entre des partenaires égaux. Je vois cette alliance comme étant une alliance fondée sur le respect mutuel et la capacité d’agir ensemble. Cela veut dire que l’on va prendre notre part de responsabilité, notamment en termes de sécurité et de défense.

Cela met aussi en lumière l’enjeu que représente la façon dont la Chine se déploie de plus en plus avec assertivité. Mais cela met également en lumière cet équilibre qu’il faut trouver: d’une part, assumer nos valeurs fondamentales et être fermes sur la question des droits humains, d’autre part considérer que, pour des défis mondiaux comme le changement climatique et le Covid-19, nous devons aussi être capables d’avoir des dialogues avec des différents acteurs sur le plan international.

Et je pourrais donner d’autres exemples de sujets qui doivent pouvoir être abordés. Cette question de l’autonomie stratégique –  plus d’influence, plus de résilience dans un monde ouvert, avec le choix d’économies ouvertes, avec plus de réciprocité, plus de fairplay économique – c’est vraiment la voie, je crois, que l’on doit suivre.

Et je termine par ce point que vous avez abordé concernant la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Nous avons déjà eu l’occasion, vous et moi, d’en parler. Vous connaissez ma conviction, et nous nous rejoignons. Je pense qu’il y a un danger et une magnifique opportunité avec cette conférence. Le danger, c’est d’avoir de nouveau, comme vous l’avez très bien dit, une conférence bureaucratique, technocratique, en vase clos et parlant un langage incompréhensible pour les 450 millions de citoyens européens. L’opportunité, au contraire, c’est de mobiliser les citoyens européens, et notamment, mais pas seulement, les jeunes générations, pour dessiner avec elles le projet européen que nous voulons pour les 30 prochaines années. C’est cela, à mon avis, l’ambition que nous devons poursuivre. Et on ne pourra pas réussir si on ne prend pas la décision d’être très directement au contact de cette participation citoyenne, pour laquelle vous avez de l’expérience. Parce que quand on dirige une région ou une municipalité, on sait bien que la délibération politique se nourrit du contact direct avec les citoyens. Elle se nourrit de cette participation, de cette expérience de terrain très concrète que vous avez.

Je vous l’ai dit et je le redis avec un peu de solennité maintenant, je suis prêt, dans ma fonction, à être un partenaire engagé et loyal pour travailler avec vous sur ce sujet-là. Et vous avez pris des initiatives que je crois effectivement très utiles. Ces dialogues locaux que vous avez lancés, je pense que ce sont certainement des espaces qui peuvent être activés pour contribuer à nourrir ce débat. Vous avez la pleine liberté et votre énergie pour prendre des initiatives afin de participer aux débats, pour en être un acteur et refléter aussi les messages qui sont exprimés par les 450 millions de citoyens européens auprès desquels vous êtes engagés très directement, bien souvent au quotidien, dans le cadre de vos responsabilités démocratiques. Voilà quelques éléments du message que je voulais partager avec vous.

Je ne veux pas être plus long parce que je souhaite pouvoir vous écouter et interagir avec vous. En tout cas, vous l’avez compris, je me sens avec vous comme un poisson dans l’eau. Je me réjouis de vous retrouver, même de manière virtuelle, parce que je mesure bien quel est l’engagement personnel dans le cœur et dans les tripes d’un mandataire régional, d’un mandataire local. C’est le service à la population. C’est l’engagement concret. C’est l’engagement direct. Il n’y a pas d’horaires. Il y a le souci de la disponibilité. Il y a le souci du concret, le souci de la créativité et du pragmatisme pour trouver des solutions. Et ces éléments-là, c’est parfois ce qui manque à Bruxelles, chez des leaders institutionnels européens. Et c’est cela que j’aimerais apporter davantage pour faire fonctionner la magie européenne. Merci à vous, en tout cas.

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